Rencontre Nationale des Directrices de Crèches le jeudi 24 janvier 2019

 « Petite enfance et neurosciences pour (re)construire les pratiques ».

 Le jeudi 24 janvier 2019, Campus FSJU organisait sous la houlette de l’Institut Léon Askenazi, une journée nationale dédiée aux directrices de crèches.

Un temps consacré aux besoins émergents de formation dans les structures, suivi d’une conférence animée par Josette Serres, psychologue-clinicienne du développement et chercheuse en neurosciences dans le champ de la petite enfance.

Que peuvent les  neurosciences pour les pratiques de crèche ?

Mme Serres nous conduit pas à pas dans cette aventure extraordinaire que constitue le développement du petit enfant. Elle invite l’auditoire à revisiter  son rôle de professionnel à mieux l’ajuster, par ses conseils judicieux sur les pratiques (l’adaptation, le sommeil, les postures, la communication…).

Les découvertes sur le cerveau sont essentielles. Les connaissances récentes en neurosciences induisent de nouvelles approches avec l’enfant en cours de développement.

Il  ne s’agit pas  d’un  cerveau vide qu’il faut remplir.

La recherche nous fait percevoir un « bébé » doué de compétences, dont le cerveau est pré câblé pour les apprentissages. Anticipant, inférant, dressant des probabilités à partie des situations qui l’entourent,  le bébé est tour  à tour physicien, mathématicien et athlète du quotidien.

Néanmoins, le petit d’homme naît inachevé, avec un cerveau encore immature et  très fragile. La  recherche nous sensibilise encore davantage à la grande dépendance du bébé humain qui ne peut survivre sans l’adulte. Sa longue période d’apprentissage est mise à profit pour fabriquer des réseaux de neurones, car le développement du cerveau dépend de l’expérience. L’enfant se relie aux  intentions pédagogiques des adultes (modèles) et il apprend par observation et par imitation, dans l’action, ce sont  les fameux neurones-miroirs.

En effet, on ne demande pas à l’enfant de se contrôler, insiste Josette Serres, avant qu’il ne soit physiologiquement capable de le faire ; Il faut le lui apprendre avec des jeux appropriés qui associent les compétences motrices et cognitives.

Au cours du développement, l’enfant apprend a renforcer les stratégies appropriées et à inhiber les stratégies inappropriées, dans les différents champs de sa perception : cognitif, moteur et émotionnel.

Cette capacité du cerveau à s’adapter en réaction à son environnement est essentielle à l’apprentissage.

Lorsque l’enfant fait de nouvelles découvertes, des connexions se forment, d’autres se renforcent, d’autres s’affaiblissent et certaines disparaissent.

L’adulte est un « phare » insiste, Josette Serres, il initie les principes éducatifs en accord avec le développement de l’enfant, favorise les compétences émotionnelles, sociales et cognitives et garantit la bonne maturation du cerveau.

Les  grandes émotions, joie, peur, tristesse et colère renseignent sur ce que vit quotidiennement l’enfant et qu’il ne peut maitriser seul.  Elles permettent  de mettre des mots sur l’état du tout petit, de reconnaître son émotion et de l’encourager à l’exprimer lui-même quand il aura accédé au langage

Avant 5 ou 6 ans, les enfants ne peuvent donc contrôler leurs émotions. Les nouvelles découvertes en neurosciences sociales nous apprennent que montrer son affection, câliner, embrasser un enfant, le prendre dans ses bras, est indispensable.

Nous parlerons désormais de juste proximité plutôt que de juste distance, pour encourager l’autonomie et la sécurité affective de l’enfant.
Une conférencière pleine d’humour, qui n’hésite pas à déstabiliser gentiment la salle, en revenant sur quelques idées reçues qui font maintenant école au sein des collectifs de crèches et de l’école.

« Le cerveau apprend de l’erreur, ne devrait-on pas féliciter l’enfant pour ses erreurs, qui lui apportent l’opportunité d’apprendre ? » plaisante-t-elle, à moitié.

Et bonne nouvelle, nous gardons notre plasticité du cerveau  non pas jusqu’à 3 ans, non plus jusqu’à 6 ans mais jusqu’au bout !

 Lucia BENSIMON