Intervention de Patrick Petit-Ohayon en introduction de la Journée Nationale de réflexion pédagogique, le dimanche 7 décembre 2014, sur le thème : Comment être un jeune juif fier de son identité en 2014 ? On est bien évidemment avant les évènements dramatiques de janvier 2015, qui jettent une nouvelle lumière sur cette question. Volontairement nous n’avons pas souhaiter réécrire ce texte en l’actualisant pour le garder dans son contexte de décembre 2014.


 

Si nous sommes réunis ce matin et toute la journée, c’est pour partager une préoccupation qui ne va qu’en grandissant. Comment aider nos jeunes à se construire une identité positive dans la France qui a connu l’été 2014 avec des manifestations se transformant en émeutes anti-juives contre des commerces, contre des synagogues, mais aussi, contre des individus.

Certes, l’antisémitisme existe depuis longtemps, depuis l’Antiquité, bien avant même que le mot-concept soit inventé pour en parler. Mais cette antériorité des faits ne facilite pas nécessairement son vécu lorsque celui-ci se dramatise.

Comment faire abstraction du drame de Toulouse où un adulte et trois jeunes enfants sont massacrés du seul fait d’être juifs ?

Comment face à ce qui aurait dû provoquer un sursaut moral, humaniste en France, peut-on entendre, dans le pays des droits de l’homme, deux ans après, des cris « Morts aux Juifs ! » ou « Vive Mérah ! » dans les rues de Paris, de Sarcelles ou d’ailleurs ?

Comment réagir face au drame de Créteil de cette semaine où un jeune couple est agressé chez lui, parce que les juifs sont réputés avoir de l’argent ?

Comment, dans ces conditions lorsque l’on est un jeune juif ou un moins jeune, se sentir en sécurité, être tranquille dans sa tête et son cœur avec son identité ?

Ces événements ne sont pas sans impacts sur l’individu et les manifestations du traumatisme que cela provoque peuvent être diverses, profondes ou superficielles, mais aussi, rapides ou lentes.

C’est pourquoi, nous avons demandé au Docteur Gilbert Vila – Pédopsychiatre, responsable du centre de victimologie pour mineurs de l’Hôpital Trousseau, de venir tout à l’heure nous éclairer sur l’impact psychologique de ces agressions verbales ou physiques.

Il nous a semblé, par ailleurs, indispensable de mieux comprendre l’histoire contemporaine dans ses mutations, ses évolutions. Sommes-nous dans une période similaire à celle de 1933, comme on l’entend parfois ? Alors que la forme et l’origine de l’antisémitisme contemporain semble très différentes de celui de l’Allemagne nazie ! Pour cette vision panoramique et cette prise de recul, nous avons sollicité Jacques Tarnéro, l’un des grands spécialistes français de l’antisémitisme, ces dernières années.

Ces réflexions du matin se prolongeront par des ateliers, dans chacune des villes (Paris et Strasbourg) après le déjeuner et se concluront par une prise de parole du Grand Rabbin Méïr Lau, enregistré il y a quelques jours, en Israël, grâce à notre partenariat avec Yad Vashem.

 

Pour l’heure, je voudrais partager l’un des enseignements de nos Sages sur cette problématique. Car, comme je le disais précédemment, ce vécu douloureux n’est pas récent et la question de l’opposition anti-juive s’est posée à toutes les générations. Je ne vais pas vous citer tous les Amalek de l’histoire, la liste serait trop longue.

Je voudrais écarter quelques fausses pistes vis-à-vis de nos jeunes d’aujourd’hui.

  • Non. L’antisémitisme n’est pas directement lié au comportement positif ou non du juif à telle ou telle période de l’histoire. Ce sont là, des raccourcis intellectuels qui gomment la complexité de l’histoire et des approches théologiques sur l’histoire qui ne tiennent pas à l’examen approfondi.
  • De plus, cela risque de mener directement à une haine de soi qui pourrait conduire des êtres fragiles au suicide. Évitons donc, toutes les approches culpabilisantes dans ce domaine.
  • Non. Le juif n’est pas juif en fonction du regard de l’autre, non juif, comme a pu le penser Jean-Paul Sartre en son temps. Le juif peut avoir une identité propre, indépendante du regard de l’autre, fondée sur son histoire, sur ses traditions, sur ses textes fondateurs, sur ses valeurs. Il n’y a, d’ailleurs, pas d’identité monolithique dans ce que l’on appelle, le peuple juif.
  • Non. Les souffrances du peuple juif à un moment ou l’autre de son histoire ne sont pas nécessairement liées à un désaveu divin. Il y a toujours une double lecture possible, négative et positive, des soubresauts de l’histoire dans un plan divin.
  • Non. L’identité d’un peuple ne se construit pas forcément par opposition aux autres. C’était peut-être le cas à l’époque biblique, lorsqu’Israël était confronté à des civilisations à l’éthique douteuse. Ce n’est plus le cas au XXIème siècle, sauf avec des populations sombrant pour les valeurs de l’Occident comme de l’Orient, dans la barbarie, comme on peut le voir ces derniers mois. Même si la coalition est large pour lutter contre cet extrémisme. L’antisémitisme n’en faiblit pas pour autant.

La différence juive date du Patriarche Abraham, l’Hébreu. L’une des étymologies possible de ce nom Ha Ivri, c’est le concept de « Passage » de « Traversée ». L’Hébreu est celui qui fait passer sur l’autre rive. « Le monde entier est d’un côté et Abraham est de l’autre », nous dit le Midrach. Abraham, par son engagement et par ses choix, a décidé de rompre avec le paganisme, avec le polythéisme. Il crée un monothéisme qui n’est pas que la croyance en un D-ieu unique. Un D-ieu qui serait plus grand que les autres ou le Chef d’un groupe. Non, un D-ieu qui dans sa conception est vraiment unique et qui lui confie, parce que c’est un bon éducateur, un héritage spirituel qui reste lui aussi unique et sur lequel, le Christianisme, puis l’Islam viendront ensuite s’appuyer.

Mais ce choix d’être de l’autre côté n’est pas un choix séparatiste d’un quelconque élitisme, d’une soi-disant supériorité ou encore, comme le dira le Général de Gaulle en 1967, d’un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur ».C’est le choix d’une fidélité. Comme l’écrit André Neher : « Israël est le bouc émissaire parce qu’il est le résistant par excellence, le gardien incorruptible de l’éthique sociale, l’enfant et le disciple d’Abraham qui a dit et qui dira perpétuellement, à travers l’histoire « non » à la Tour de Babel, au bâillonnement de la parole, à la lâcheté, à la trahison de l’humain » (Le Dur bonheur d’être juif – pages 226-227).

Cette fidélité à son histoire, à sa tradition, à ses valeurs, quelle que soit la déclinaison que l’on en fasse, religieuse ou laïque, fait la différence. Or, c’est cette différence qui dérange. C’est cela qu’il nous faut accepter en tant que tel, tout en combattant le racisme et la xénophobie. Notre identité n’est pas un rejet de l’autre. C’est l’affirmation d’une originalité qui s’inscrit dans une histoire et des valeurs. C’est en acceptant les différences des autres cultures que l’on peut tenter de faire respecter la nôtre. Elle n’a pas à rougir de son ancienneté qui n’exclut pas une certaine actualité.  Elle n’a pas à se cacher, ni à s’imposer aux autres comme seule vraie. Elle doit partager avec les autres, sa compréhension du monde, les fondements de ses principes universalisables. Dans les questions d’éthique, de société, de politique, etc., elle a quelque chose à dire, qui peut être audible pour tout un chacun.

Que cette fidélité dérange, c’est certain, comme toute différence face à une norme tacitement définie comme un absolu. Mais, cette norme est modifiable dans le temps, car elle est le reflet d’une opinion partagée. Elle ne s’inscrit que très peu dans un héritage plurimillénaire.

Malgré son intégration réussie dans une société, le juif reste attaché à sa fidélité ancestrale. Il reste un résistant qui se porte garant de l’authenticité de son héritage. C’est sa mission et sa responsabilité en tant que peuple. Ce n’est pas toujours facile à vivre. C’est même parfois dramatique. C’est pourquoi, il nous faut réfléchir tous ensemble, aux moyens de soutenir nos jeunes, de les aider à affronter cette réalité, de les accompagner pour renforcer leur identité.

C’est le pari de cette journée !

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Du 8 au 11 décembre 2014, les responsables culturels de nos communautés revenaient dans les coulisses  de leur travail.

Une vingtaine d’associations se sont réunies pour se ressourcer et réfléchir autour de leurs préoccupations quotidiennes et leurs actions terrain à l’initiative de la Direction du développement de la vie associative du FSJU :

  • Les fondamentaux du mécénat d’entreprise au service du développement d’une association
  • Comment tirer profit de la communication numérique en tant que responsable culturel
  • La gestion des bénévoles dans une structure culturelle

Pour ces temps de formations nous avons fait appel à des professionnels experts

L’Association Française des Fundraisers (AFF) leur a proposé une formation alliant les aspects théoriques et techniques du mécénat d’entreprise,

Le cadre légal dans lequel s’inscrit une opération de mécénat, les acteurs du financement privé, la stratégie de recherche de fonds, le montage de dossier et la gestion de la relation de partenariat

Karp Prod, société de consultant en Web marketing est revenue sur l’utilisation des réseaux sociaux,  la visibilité de l’entité culturelle et ses activités, la politique d’e-mailing et l’élargissement de la base de données, les nouveaux outils de statistique et d’analyse de fréquence des visites

Une formatrice spécialiste des dynamiques (internes et externes) liées au bénévolat et la fidélisation des bénévoles à la Croix rouge avait, quant à elle, pour objectifs de travailler sur la gestion des bénévoles dans une structure culturelle, appréhender la réalité du bénévolat associatif en général, favoriser la complémentarité entre les responsables salariés et les équipes de bénévoles, connaître les différentes étapes du parcours d’un bénévole (recrutement, accueil et intégration, fidélisation, fin de mission) et en maîtriser les différentes techniques, comprendre les facteurs de motivation et de reconnaissance des bénévoles, faire un état des lieux de la situation propre à chaque structure

Chaque module peut être dispensé de façon autonome

Si vous souhaitez participer à de prochaines sessions, contactez-nous : h.zrihen@campusfsju.org

Hélène ZRIHEN

Du 12 janvier au 15 janvier 2015 et du 9 Mars au 12 Mars 2015

Le Campus FSJU a organisé 2 sessions de formation à la médiation éducative selon l’approche de la modifiabilité cognitive structurelle du Professeur Feuerstein

8 Jours  pour développer une véritable boite à outils du pédagogue:Prof Feeurstein

    • Connaître les principes fondateurs du programme d’enrichissement instrumental (PEI Basic):la théorie de la Modifiabilité Cognitive Structurelle et de l’Expérience d’Apprentissage Médiatisé ;
    • Savoir nommer, comprendre et analyser les fonctions cognitives déficientes chez les enfants : troubles de l’attention, déficiences d’apprentissage, etc… ;
    • Nommer, comprendre et mettre en pratique les 12 critères et principes de la médiation
    • Analyser une tâche en utilisant la carte cognitive ;
    • Savoir planifier une séance de PEI ;
    • Être capable d’utiliser les 7 supports pédagogiques du PEI Basic
    • Afin de compléter les apports théoriques de la formation PEI., des articles, ainsi qu’une bibliographie sont proposés.

La démarche pédagogique permet à chacun de vivre une expérience sensible et personnelle de cette méthode. Les apports théoriques donnent un cadrage conceptuel de l’expérience d’apprentissage médiatisé et viennent compléter les outils mis à la disposition des stagiaires.

Si vous êtes intéressé par une nouvelle session en tant que salarié de droit privé ou de droit public, n’hésitez pas à nous contacter pour connaitre le calendrier et les possibilités de prise en charge.

Pour tout renseignement, veuillez contacter :  h.zrihen@campusfsju.org

Le professeur d’histoire, nous donne rendez-vous au métro Saint Paul pour partir à la découverte  des lieux du patrimoine. Cette visite « hors les murs » permet ainsi de découvrir l’histoire de Paris. De Rabelais à Jim Morrison, nombreuses sont les personnalités littéraires, musicales et politiques qui ont fréquenté, vécu, et vivent encore dans le Marais. Mais D’où vient ce nom ? Des marécages qui constituaient la rive droite de Paris, et qui ne permettaient pas de construction. Seule la rive gauche était habitée, quand Paris était Lutèce. Le marais comprend  le III et IV arrondissement, limité par la Seine.

Nous partons visiter la Place des Vosges qui s’appelait Place Royale. La définition même d’une place royale, c’est d’avoir un jardin, avec la statue du roi au centre, des arcades tout autour qui permettaient lors de tous les grands évènements de la vie (baptême, mariage…) d’être protégé soit du soleil (les belles devaient avoir le teint clair) soit de la pluie et de pouvoir assister IMG_1864à l’évènement dans les meilleures conditions.

Nous arrivons au musée Carnavalet. Notre parcours porte en grande partie sur la Révolution Française, étudiée au cycle 3 (du CE2 au CM2). Un parcours chronologique, où se mêlent salles, tableaux sur la prise de la Bastille, maquettes, objets d’époque, très belle collection de faïences, mobilier.

Nous passons devant la reconstitution de la chambre de Marcel Proust, et de celle de Madame de Noailles. Un arrêt sur le tableau du Jeu de paume, reflet de l’Histoire.

Les exploitations pédagogiques possibles seront élaborées avec les stagiaires

  • Distribuer des QCM aux élèves
  • Travailler sur la déclaration des Droits de l’Homme qui se trouve dans tous les manuels scolaires et qui est ici, l’original
  • Analyse de tableaux relatifs aux programmes étudiés.

Nombreuses autres expIMG_1886loitations sont envisagées grâce aux livrets pédagogiques du musée.

Pour les futurs professeurs des écoles il s’agit de travailler en situation l’exploitation d’une visite au Musée qui permette aussi aux élèves non seulement de s’enrichir mais également de vivre leur enseignement « hors les murs » et de donner à chacun la possibilité de s’exprimer, de ressentir, de vivre le groupe autrement qu’assis à sa table de travail.

 

France NAHUM MOATTY

 

Avez-vous déjà vu un ‘Houmach sans le commentaire de Rachi ? Rarissime ! En effet, sans l’éclairage de cet éminent maître de Troyes du Moyen-Age, le texte de la Torah est incompréhensible. Son génie consiste à retenir l’essence des explications talmudiques qui donnent leur sens aux versets.

L’objectif de cette formation est de permettre aux enseignants d’acquérir certains principes importants spécifiques à la discipline du commentaire de Rachi pour un enseignement plus approfondi du ‘Houmach ; le but étant de les faire découvrir à leurs élèves. Ces derniers pourront à leur tour apprécier la précision et la profondeur qui se cache derrière ce style simple.

La formation s’est déroulée en 3 étapes les mercredis 12 novembre et 10 décembre derniers.

Les concepts abordés ont été tout d’abord présentés aux enseignants et développés, puis illustrés par des exemples précis du ‘Houmach, avec des études de cas. Des exercices en petits groupes ont alors été proposés aux stagiaires.

La méthode proposée par Hanna Javen, la formatrice, est progressive, l’élève acquiert les concepts de base et les consolide par l’expérience et en découvre de nouveaux au fur et à mesure, à partir des Rachi choisis par l’enseignant.

Une partie des concepts présentés peuvent être abordés dès que l’élève commence à étudier Rachi, d’autres, plus complexes, sont abordés plus tard dans la scolarité.

En dehors du « Dibour hamath’il », de nombreux mots clés du commentaire de Rachi sont ainsi codés pour avancer plus en profondeur dans la richesse des contenus de cet éminent commentateur.

Robert DERAI